Arcal. Triomphe électoral d'André Colléaux
Un scrutin peut en cacher un autre. A Arcal, on votait dimanche pour élire le maire d'un village où le sens de l'humour est érigé en véritable devoir civique. Le vainqueur s'appelle André Colléaux, tête de la liste « d'union joviale et festive ».
Dimanche, 16 h, allée du Champ-du-Bois, à Vannes. C'est l'effervescence autour d'une tente blanche dressée au coin de la rue. C'est l'effervescence aussi dans les verres en plastique distribués à des convives qui habitent tous « la commune libre d'Arcal » et participent à un événement majeur de la vie démocratique locale. Dans ce village peuplé d'irréductibles joviaux, le maire, André Colléaux, jusqu'à présent désigné par cooptation des voisins, remet son écharpe en jeu à la faveur d'une élection municipale « qui risque de faire ombrage aux autres », dixit les Arcaliens. Une campagne rondement menée Il faut dire que le scrutin a été précédé d'
une campagne rondement menée. À l'intérieur de la tente qui fait office d'unique bureau de vote, on aperçoit d'ailleurs quelques-unes des nombreuses affiches à la gloire de Dédé Colléaux. « Nous avons fait du porte-à-porte, mais pas de réunions publiques. Ici tout le monde se connaît. On va chez les uns, chez les autres. D'ailleurs, ma porte est toujours ouverte », souligne le chef incontesté de la liste « d'union joviale et festive », seule en lice. Posté derrière l'urne, Philippe Travers assume avec brio son rôle de scrutateur. « Bernadette, tu dois passer par l'isoloir », dit-il à cette Arcalienne jugée un peu trop distraite compte tenu de l'enjeu. Dans ce village célèbre pour être au marathon de Vannes ce qu'est l'Alpe d'Huez au Tour de France, les plaisanteries sont faites avec un minimum de sérieux. Pas de gâteau pas de vote « Chacun doit apporter sa carte d'électeur et signer le registre d'émargement », précise Philippe Travers, également candidat au poste d'adjoint à la natation dans l'équipe du maire sortant. Autre exigence imposée par le code électoral arcalien aux 45 inscrits de la liste électorale : le droit de vote peut être refusé à tout participant dont la famille n'a pas confectionné un gâteau destiné aux réjouissances postélectorales. « Il y a une procuration ! », annonce un scrutateur. Ébloui par les flashs d'une jeune paparazzi, le chef du bureau doit reconnaître que la loi électorale locale n'a pas prévu ce cas de figure. Qu'à cela ne tienne, le taux de participation est manifestement des plus élevés. Pour en attester, Philippe Travers soulève l'urne et se met à la bouger dans tous les sens. « C'est la seule façon pour nous de secouer les élus ! », lance-t-il à la cantonale (euh, pardon : à la cantonade). Un programme « à impôt constant » Au cours de la campagne, Dédé Colléaux et ses colistiers n'ont pas lésiné sur les promesses, « le tout à impôt constant ». Sur la profession de foi où Dédé l'édile apparaît coiffé d'une branche de laurier, il est notamment question d'une déviation sud, d'un tournoi international de palet et d'un accès gratuit pour les Arcaliens à la piscine de Philippe Travers ! Le candidat propose aussi de rebaptiser le marathon de Vannes « Marathon international d'Arcal » dès l'édition 2008. Elu dimanche avec un score qu'il n'a pas souhaité nous communiquer, André Colléaux se sait désormais sous l'oeil d'une presse locale qui ne manquera pas de lui rappeler les engagements pris pendant la campagne.
Interview. « Agir dans l'intérêt des Arcaliens »
Elu maire de la « commune libre d'Arcal », André Colléaux nous a accordé une interview exclusive. Pour lui, ce scrutin traduit une réelle volonté « d'ouverture démocratique ».
Vous vous représentiez en tant que maire sortant d'Arcal. Pourtant, vous n'aviez jamais été élu jusqu'à présent. Expliquez-nous ça... C'est vrai, il n'y avait jamais eu d'élection municipale sur la commune libre d'Arcal. D'une certaine manière, j'étais un maire désigné par cooptation et je ne renie pas le qualificatif d'autocrate. Cependant, j'ai décidé qu'il était temps de procéder à une ouverture démocratique. D'où cette élection municipale organisée dans le respect des règles de l'art.
Vous prenez tout de même le risque d'être désavoué avec ce scrutin. N'est-ce pas ? Oui. Mais je pense qu'au travers de ces élections, Arcal avait besoin de faire émerger de nouvelles compétences et de nouveaux talents au service de la collectivité. J'agis en fonction de l'intérêt général de toutes les Arcaliennes et de tous les Arcaliens.
Parler de démocratie, c'est bien beau, mais les électeurs n'avaient qu'une seule liste pour laquelle voter. Cela ressemble beaucoup aux anciens régimes du bloc soviétique... Détrompez-vous ! C'est un vote au scrutin majoritaire avec panachage. Chacun a la possibilité de rayer les noms qui ne lui conviennent pas, à l'exception de ceux inscrits sur la liste. Et puis, je tiens à préciser qu'il y avait aussi un candidat libre en la personne de Dédé Amen Dédé (NDLR : après enquête de la rédaction, il a été prouvé que ledit candidat libre porte le surnom donné à André Colléaux par son entourage).
Quels sont les principaux points de votre programme ? Je tiens à promouvoir d'une façon vigoureuse le savoir-vivre ensemble qui règne sur la commune libre d'Arcal. Il existe aussi une volonté d'internationaliser la médiatisation de notre village. Par rapport aux élections municipales qui se sont tenues ailleurs ce dimanche, le scrutin dans notre village vise à créer un événement dans l'événement. C'est ce même principe que nous avons mis en oeuvre, avec succès, dans le cadre du marathon de Vannes.
Les élus de la liste « d'union joviale et festive »
Le score réalisé par l'équipe du maire sortant n'a pas été révélé à la presse en temps et en heure. Toutefois, nous sommes parvenus à nous procurer, de source sûre, les noms des élus, ainsi que leurs attributions respectives. André Colléaux, maire ; Maryvonne Colléaux, première adjointe ; Marine Colléaux, administratrice des licences IV ; Thomas Colléaux, adjoint à la tondeuse ; Antoine Colléaux, adjoint aux jeux ; Valentine Colléaux, adjointe à son père ; Viggo Colléaux, représentant de la voix de son maître ; Cacahouète Colléaux, fournisseur officiel de puces de Viggo ; Bigoudi Colléaux, adjoint sans affectation ; Bernard Mabon, adjoint aux transports ; Michèle Mabon, adjointe aux tempes grises ; André Mahéo, adjoint à l'agriculture ; Hélène Mahéo, adjointe à la réception des gros légumes ; Philippe Travers, adjoint à la natation ; Monique Travers, adjointe à l'apprentissage de la natation ; Jean-Louis Guillouzouic, adjoint aux fanions ; Diane Guillouzouic, adjointe à la peinture; Jean Masson, adjoint au bridge ; Michèle Masson, adjointe à la culture ; Martine Crocq, adjointe à l'éducation ; Jacques Crocq, adjoint à l'adjointe ; Pierre-O Guéguin, adjoint à la photographie ; Anne-Gaëlle Guéguin, adjointe à la petite enfance ; Jean-Claude Le Baher, adjointe au bricolage ; Jeannine Le Baher, adjointe au vélocipède.
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