F. Goulard. « Des réformes ont dérangé »
François Goulard, ancien ministre du gouvernement Villepin, a sauvé sa mairie de Vannes après un premier tour difficile. Il analyse les causes de la défaite subie par l’UMP au plan national, mais aussi les raisons de la bonne tenue de la droite en Bretagne.
Comment expliquez-vous l’ampleur de la défaite de la droite aux élections municipales et cantonales ? Comme toujours dans des élections de ce type, il y a une multitude de cas particuliers. Les circonstances locales (division de la droite comme à Caen, absence de stratégie d’alliance avec le centre, comme à Saint-Étienne, rejet de certaines personnalités) ont joué. Il ne faut donc pas tout mettre sur le compte d’un climat national défavorable. Il y a aussi certains changements d’équipe mal négociés, comme à Quimper.
J’ajoute que ces élections ont obéi à une règle qui veut que quelques mois après des élections nationales, il y ait généralement un mouvement de retour du balancier. Et les choses sont forcément moins favorables à la majorité. Reste qu’au total, ce n’est pas un raz-de-marée. Et comme ce type de scrutin est souvent assez serré, il a suffi de petits écarts sans doute imputables à un climat national moins bon qu’il y a dix mois pour expliquer un certain nombre de défaites.
Concernant ce climat national défavorable à la majorité, attribuez-vous une part de responsabilité au style du Président et à sa surexposition médiatique ? Disons que chacun a sa part. Il est vrai que dans la mesure où le président de la République s’est placé en première ligne pendant les premiers mois de son mandat, sa manière de gouverner a peut-être plus compté que dans d’autres élections du même type. Mais d’un autre côté, il y a aussi un certain nombre de réformes qui ont dérangé et provoqué du mécontentement. Il y a une part de responsabilité présidentielle, mais il serait injuste de dire que c’est exclusivement la faute de Nicolas Sarkozy. Moi qui ne peux être soupçonné d’être un thuriféraire du chef de l’État, je crois juste de dire que tout ne lui est pas imputable.
Y a-t-il eu trop de réformes ou trop d’annonces de réformes ? Les annonces de réformes sont toujours mal accueillies par l’opinion. Elles suscitent de l’inquiétude. Je ferai un parallèle avec les annonces de projets et les engagements de chantiers dans les communes. Dans la phase où les chantiers ne sont pas achevés, il y a inquiétude et dérangement. Et même si après les travaux, les administrés considèrent que ces choix ont été judicieux, il y a toujours une phase difficile dans un premier temps. Je pense que la multiplication des annonces de réformes, celle des rumeurs ou des rapports de commissions, tout cela a fini par créer un rapport de forces moins favorable. Il est ainsi incontestable que le rapport Attali a perturbé un certain nombre de professions qui sont des relais d’opinion. On ne peut nier que cela a causé du tort.
Les résultats constatés en Bretagne n’amènent-ils pas à relativiser le succès de la gauche au plan national ? On a effectivement assisté en Bretagne à un retour du balancier. Depuis un certain nombre d’années, la gauche avait chez nous des positions plus fortes qu’ailleurs. Et comme toujours, là où on est installé depuis longtemps, si les gens font bien leur travail, cela continue. Mais il arrive toujours un moment où il y a un changement de candidat et des divisions. Cela explique un certain nombre de défaites de la gauche, notamment dans des villes moyennes comme Morlaix ou Concarneau. Elles ne sont peut-être pas annonciatrices d’un basculement décisif et d’un retour de la Bretagne vers la droite. Mais cela montre en tout cas les limites d’une certaine forme de domination de la gauche dans notre région. La gauche avait beaucoup gagné chez nous au cours des scrutins locaux précédents. Cette fois-ci, nous avons résisté.
Propos recueillis par Philippe Reinhard
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Selon François Goulard, la multiplication des annonces de réformes ou de rapports de commissions, a fini, au niveau national, par créer un climat peu favorable à la droite au pouvoir.
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