Sondage. Maires, on vous aime !
C’est un plébiscite : selon un sondage TNS Sofres, le maire est pour 72 % des Français l’élu dans lequel ils ont le plus confiance, loin devant le député et les conseillers régional et général. 58 % souhaitent que leur maire soit reconduit.
A quelques semaines des municipales, voilà un sondage qui donnera le moral à tous ceux qui briguent un poste de maire. De tous les politiques, les maires sont ceux qui bénéficient, et de loin, de la meilleure image. Les résultats du sondage TNS Sofres « Les Français et les maires » sont sans ambiguïté. Pas sûr que les maires eux-mêmes imaginaient avoir une telle cote d’amour. A côté, les sénateurs et députés européens font figure de bannis : seulement 9 % des Français leur font confiance. La proximité paie Incontestablement, la proximité paie et plaît. Les Français apprécient leur maire parce qu’il est proche d’eux et de leurs préoccupations. Souvent, ils le connaissent. 70 % des Français disent l’avoir déjà rencontré. Cette proximité est évidemment très forte dans les petites et moyennes communes mais, même dans les grandes villes, une majorité des habitants (58 %) disent avoir eu l’occasion de rencontrer leur maire. Pas de doute, les Français sont satisfaits de leur maire. C’est le cas de 72 % d’entre eux. En Bretagne, cette proportion atteint même les 75 %. Un score nettement plus élevé que dans des régions comme l’Alsace, l’Auvergne, l’Ile-de-France ou Midi-Pyrénées. L’argent des impôts bien utilisé Peut-être encore plus surprenant, les Français jugent que l’argent de leurs impôts est plutôt bien utilisé. Ils sont 70 % à le penser contre 27 % qui estiment qu’il est mal employé. Les Bretons sont même 74 % à porter un jugement positif sur l’utilisation de leurs impôts. Seule la région Basse-Normandie affiche un taux de satisfaction plus élevé (80 %). A noter que, plus on est âgé et plus on a des revenus élevés, et plus on approuve l’utilisation de l’argent des impôts. Pour la continuité Avec ces taux de satisfaction, on ne s’étonnera pas qu’une large majorité de Français (57 %) se disent favorables à la continuité de l’action municipale telle qu’elle est menée dans leur ville. Ils ne sont que 37 % à vouloir un changement en profondeur. On notera toutefois que, si cette préférence pour la continuité est très forte chez les agriculteurs et les professions intellectuelles supérieures, elle l’est beaucoup moins chez les artisans, les commerçants et les chefs d’entreprise. Dans ces trois catégories socio-professionnelles, elle est même minoritaire. Mais malgré ces différences, la prime au sortant, comme on dit, risque de jouer lors du prochain scrutin : 58 % des Français et 59 % des Bretons souhaitent que leur maire soit réélu en mars prochain.
36.000 communes : un record
Les 36.782 communes de France constituent un maillage unique en Europe auquel les Français restent très attachés, malgré les velléités de regroupement périodiquement manifestées par l ’ Etat, depuis les origines de la République.
Méthodologie
Enquête TNS-Sofres réalisée par téléphone du 29 octobre au 30 décembre 2007 auprès d’un échantillon national de 4.598 individus de 15 ans et plus, selon la méthode des quotas.
« Une fonction relativement dépolitisée »
Chercheur au CNRS et enseignant en sciences politiques à Rennes, Romain Pasquier décrypte les résultats de ce sondage. Selon lui, la proximité et les compétences du maire expliquent cette bonne image. C’est aussi une fonction « dépolitisée ».
Que vous inspirent les résultats de ce sondage ? Ils confirment une série d’éléments d’analyse que l’on avait déjà, à savoir que l’échelon de proximité est l’échelon plébiscité par les Français. S’il est plébiscité, c’est aussi parce que c’est un échelon relativement dépolitisé, qui fait consensus. Il faut bien voir que ce sentiment de proximité est plus marqué en France qu’ailleurs parce que le nombre de communes est incroyablement élevé et que, pour une grande majorité, elles sont petites. 31.000 communes sur 36.000 ont moins de 2.000 habitants.
Les Français se disent majoritairement satisfaits de l’utilisation de l’argent des impôts. Quand on sait leur rapport à l’impôt ne trouvez-vous pas cela surprenant ? Les élus disent souvent que le mandat de maire est le mandat de l’action. On peut montrer aux citoyens ce que l’on a réalisé pour eux. Dans d’autres fonctions politiques, la relation est moins directe. Le maire est à la fois proche et, en même temps, il a de grosses compétences qui touchent au quotidien des gens : logement, service à la personne, aide sociale... Au jour le jour, les citoyens peuvent évaluer ce que fait leur maire.
On dit que le moral des maires n’est pas très haut. Ce sondage ne montre-t-il pas pourtant qu’il y a une forme de reconnaissance des citoyens ? Dans une société qui souffre, les maires, comme les enseignants, sont parmi les plus exposés. Ce qui explique, avec les problèmes de responsabilité pénale, qu’ils peuvent avoir, des coups de blues. Mais, en contrepartie, ils ont la reconnaissance de ce qu’ils accomplissent au quotidien et la satisfaction d’être au service du citoyen.
58 % des Français souhaitent que leur maire soit réélu. Est-ce à dire que la prime au sortant reste une donnée majeure du scrutin municipal ? Oui, complètement. On voit bien que des maires en place, qui ont un bilan sans pour autant avoir une grande surface politique, ont toutes leurs chances face à un parachuté même si ce dernier a un grand poids politique. Le maire sortant n’a pas intérêt à politiser la campagne. Il incarne une communauté et les citoyens n’ont pas très envie de voir ça brocardé.
Yvon Corre
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