Lorient. Norbert Métairie (PS) part favori
Ancrée à gauche, Lorient (56) ne devrait pas changer de couleur en mars. Le maire sortant a tenu ses engagements : la ville est métamorphosée. L’opposition a du mal à se démarquer dans ses propositions.
Peu de villes ont connu autant de chantiers importants que Lorient depuis 2001. Meurtrie par la dernière guerre mondiale et les erreurs de la reconstruction, privée des vieux quartiers qui font la gloire des cités historiques, la ville s’est refait une beauté. Elle s’est engagée dans un vaste programme d’équipements, d’aménagements, de réhabilitation des logements et de réorganisation des transports en commun. Avec un talent certain, la commune s’est fait une spécialité : la chasse aux subventions et autres fonds de soutien. Versés en compensation de la fermeture de la base des sous-marins et de la crise de la pêche, les fonds européens ont largement contribué à financer la construction d’un Grand théâtre, d’un centre aquatique et de la Cité de la voile Eric-Tabarly. Lorient est aussi une des rares villes à avoir obtenu un hôpital neuf. Elle est aussi l’une des premières à avoir sollicité l’Agence nationale de renouvellement urbain (Anru) pour lancer un vaste programme de réhabilitation et reconstruction du quartier HLM de Kervénanec.
Équipements structurants Le nouveau mandat connaîtra l’achèvement de quelques programmes en cours. La deuxième partie de l’hôpital du Scorff ne sera terminée qu’en 2011. Le nouveau centre commercial Nayel n’ouvrira ses portes, en plein centre-ville, qu’en fin d’année. La reconstruction de la tribune sud du stade de football est pour 2009. La rénovation-reconstruction de Kervénanec se poursuivra jusqu’en 2010. Et l’on aménage encore le bâtiment-vaisseau de la Cité de la voile qui devrait ouvrir début avril. La page des grands équipements, dits « structurants », se tourne actuellement. Les enjeux sont désormais ailleurs. La population vieillit. Des secteurs entiers de l’économie sont fragilisés. Et il est indispensable de trouver le juste équilibre entre développement économique et préservation de l’environnement. Les enjeux : l’emploi, le logement et l’environnement Satisfaire les besoins du troisième âge, tout en offrant de bonnes conditions de vie aux jeunes couples... Vaste programme dans lequel le logement tiendra une place cruciale. Tout un quartier va sortir de terre à la place de l’ancien Foyer du marin, dans le courant du prochain mandat. Ce ne sera pas suffisant. Il faudra adapter l’habitat existant pour le maintien à domicile des anciens. Il sera aussi nécessaire de construire d’autres logements à des prix raisonnables pour les jeunes. Des jeunes à qui il faut offrir des emplois dans un bassin touché par le chômage. C’est le deuxième enjeu de taille pour Lorient : favoriser le maintien des entreprises en place et en attirer de nouvelles. Le prochain maire n’aura pas le choix. Pour que la commune ne subisse plus le rythme fluctuant des programmes de bateaux militaires à DCNS, la Région lui offre une plateforme industrialo-portuaire sur la rive gauche du Scorff (5 M€). Les entreprises de la sous-traitance navale s’y installeront d’ici la fin de l’année pour répondre à des commandes civiles et maintenir à niveau l’emploi local. Pour diversifier les activités économiques, Lorient compte sur le nautisme. Un espace attend de nouvelles entreprises dans l’enceinte de l’ex-base de sous-marins. Pour conforter son port de pêche, la ville a prévu de participer à la modernisation de la criée et des infrastructures du mareyage.
Du travail mais pas de pollution Pour développer le port de commerce, dont les grands travaux d’aménagement sont en cours, la commune est disposée à accueillir des entreprises. Mais les Lorientais ne sont pas prêts à sacrifier la beauté de la rade et leur qualité de vie. Des arbitrages seront inévitables avant d’autoriser les installations (envisagées) d’une cimenterie et autres usines sur un port de commerce enclavé dans la ville. À ces activités polluantes et peu flatteuses en terme d’image, les Lorientais en préféreraient d’autres, plus high-tech, liées aux pôles de compétitivité et impliquant largement l’université. Les domaines concernés sont notamment l’audiovisuel et les nouvelles technologies, l’éolien et la valorisation des produits de la mer dans le domaine de la santé. Reste une inconnue : l’arrivée, en 2012, de la ligne à très grande vitesse qui mettra Paris à 2 h 40 de Lorient. Ce sera un plus pour les entreprises, mais une menace pour le coût de l’immobilier. Le prochain maire devra anticiper et en tirer le meilleur profit.
Deux listes en présence et un vainqueur dès le 9 mars
Pour les électeurs, l'équation est assez simple. Il n'y a que deux listes en présence. Celle que mène Norbert Métairie, le maire socialiste sortant, est clairement à gauche. Elle rassemble des militants du PS, des Verts, du PCF, de l'UDB, ainsi que des personnalités engagées dans la vie de la cité. L'autre liste, dite « de rassemblement et d'ouverture », menée par Fabrice Loher, est soutenue par le MoDem et l'UMP. Si elle compte une ancienne ajointe socialiste du maire de Lorient, il faut savoir que cette même personne a aussi proposé ses services à Norbert Métairie, il y a quelques semaines. L'ouverture à gauche reste donc limitée, même si on trouve sur cette liste des Lorientais qui affichent leur désaccord avec la politique de Nicolas Sarkozy. Fabrice Loher souhaitait « décomplexer les électeurs de gauche » qui voudraient changer les acteurs politiques locaux. Arrivera-t-il à ses fins ? Comment le candidat de droite compte-t-il élargir son électorat habituel et déstabiliser le maire sortant dont la gestion vient tout juste d'être saluée par le magazine Capital ? Il attaque, d'abord, sur l'économie et l'emploi : Fabrice Loher reproche à son adversaire de ne pas savoir accueillir les entreprises et propose donc de créer un « guichet unique » pour favoriser leur implantation. Norbert Métairie, lui, oppose son bilan, les emplois créés et à venir, notamment dans le domaine du nautisme. Fabrice Loher s'en prend aussi aux projets d'aménagement du secteur du Péristyle et de l'enclos du port. Il ne veut pas que les services de la communauté d'agglomération s'installent sur ce site libéré par la Marine nationale. Il propose de raser l'actuel palais des congrès et de créer un centre d'économie et d'affaires au Péristyle. Le maire sortant affirme que rien n'est figé dans ce dossier, mais qu'il ne faut pas se précipiter. Fabrice Loher a envie de faire rêver ses électeurs avec un « Lorient-plage » (à l'image de Paris plage) en recreusant le bassin à flots en plein centre-ville. Mais il reconnaît qu'il faudra quand même chiffrer ce projet. À Lorient, la campagne débute à peine. Le premier adversaire des deux candidats risque fort d'être l'abstention.
Flore Limantour
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