Analyse. La droite non-UMP résiste
Pour le politologue Romain Pasquier, le vote breton est à l’image de la tendance nationale, marquée par une poussée de la gauche. Une originalité toutefois : sa bienveillance à l’égard de la droite quand elle a su jouer l’ouverture.
La gauche bretonne a-t-elle marqué des points ou a-t-elle conforté ses positions ? Les sortants socialistes ont progressé, comme on l’a vu à Pontivy, Lorient et Nantes, où ils ont obtenu de résultats meilleurs encore que par le passé. Les successions, qui se révèlent parfois délicates, se sont aussi très bien passées, avec Delaveau à Rennes qui fait mieux encore qu’Edmond Hervé, Annie Le Houérou à Guingamp, Christian Marquet à Lannion (22) et Louis Feuvrier à Fougères (35), élus au premier tour. Des villes comme Pont-l’Abbé (29) ont été reprises, d’autres peuvent l’être comme Quimper, voire Saint-Brieuc. Enfin, le PS est également bien placé dans des bastions traditionnels de la droite, comme Bruz (35), Janzé (35) ou Cesson-Sévigné (35).
Pour autant, faut-il considérer que la droite a essuyé une sévère défaite ? Non. Elle a su garder quelques bonnes positions. Ce qui est significatif, c’est le bon résultat des listes modérées, classées « sans étiquette » ou « divers droite », comme celles de René Benoît à Dinan (22), du centriste Vincent Bourguet à Redon (35), de Philippe Paul à Douarnenez (29), tous élus au premier tour. À Saint-Brieuc, dont tout le monde prévoyait le retour à gauche, le MoDem Bruno Joncour a réalisé une belle performance qui lui permet d’espérer. À Quimperlé (29) aussi, le candidat sans-étiquette Alain Pennec met le sortant socialiste en difficulté. Pour les candidats qui se présentaient sous les couleurs de l’UMP, le recul est net. Un seul, Pierre Méhaignerie, à Vitré (35), a été élu avec d’ailleurs un score inférieur aux précédents. François Goulard, à Vannes, et René Couanau, à Saint-Malo, devront affronter un second tour. Ils sont en ballottage, certes favorable, mais c’est à prendre comme un avertissement. À Rennes, la droite a enregistré son plus faible score.
Ce renforcement de la gauche est-il propre aux villes, ou gagne-t-il également les communes de moindre importance ? C’est une évolution qui dépasse de plus en plus les centres urbains. Déjà, de nombreuses cités périphériques des grandes agglomérations ont été conquises par le PS, qui en a gagné de nouvelles et devrait en gagner encore dimanche prochain. Les communes résidentielles aussi amorcent ce mouvement. Ce qui est nouveau, c’est la tendance croissante des électeurs des communes rurales et des petits chefs-lieux de canton à porter leurs suffrages vers des listes développant les thèmes forts de la gauche, sur les services et la solidarité. Il ne s’agit pas là de listes politiquement identifiées, ce qui rend l’analyse difficile. Mais, si elles ne revendiquent pas leur appartenance à la gauche, leur intitulé et leur projet les en rapprochent.
Ce scrutin confirme-t-il les votes bretons de la présidentielle et des législatives ? Oui, la Bretagne avait alors majoritairement voté pour une gauche clairement sociale-démocrate, et elle avait donné un bon score à François Bayrou. On a retrouvé ces caractéristiques dimanche, la région s’inscrivant au fil des consultations comme un nouveau bastion du socialisme modéré, où la droite résiste par ses composantes elles aussi modérées.
Propos recueillis par Alain Le Bloas
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